Espoirs pour un réveil en 2026 de la ligne Alès-Bessèges, sur un territoire qui tente de sortir d’un long marasme économique

Contribution Reseaucitoyen
Date de l'évênement 20 sep '20
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Un article posté par : montpellier56 sur http://raildusud.canalblog.com/

 

Le service voyageurs y est suspendu depuis juillet 2012 : la ligne Alès-Bessèges, longue de 32 km, a été désignée pour réouverture par les Etats généraux du rail et de l’intermodalité de la région Occitanie, qui se sont tenus au début de la mandature régionale, en 2014. Après de multiples promesses non tenues, tant de la part de l’ancienne région Languedoc-Roussillon que des élus municipaux du bassin alésien, l’amorce d’un premier mouvement semble se dessiner. La plate-forme va être débroussaillée et un programme de remplacement des rails est élaboré. Une réouverture est projetée pour seulement mi-2026, selon les informations issues du dernier comité de pilotage tenu en juin dernier. Cette ligne irrigue un territoire dévasté par la fermeture des mines et des industries qui y étaient liées, et qui tente de sortir de son marasme économique.

Débroussaillage au 4e trimestre, stockage de rails lourds de réemploi début 2021

 Le débroussaillage prévu en fin d’année 2020 et annoncé par le site bien informé actuteroccitanie.wordpress.com concernera les 22 km séparant Salindres de Bessèges. La partie Alès-Salindres, soit 10 km, reste en effet circulée « occasionnellement » pour une desserte fret du site du chimiste Axens, situé dans cette dernière commune. Si la voie s’est lentement dégradée, la végétation y reste contenue. A la veille de la suspension du service voyageurs, une partie de la ligne était déjà limitée à 40 km/h, le reste tolérant 70 km/h au mieux. Dans l’environnement de friches industrielles qui caractérise cette région appauvrie par la fermeture de toutes les mines - de charbon autour de Bessèges, d’alumine à Salindres - la ligne avait déjà une allure de chemin de fer du tiers-monde.

IMG_20200714_172318Gare d'Alès, vue vers le nord et le tunnel du Pélerin, vers Clermont-Ferrand, Bessèges, Le Teil. Sur la droite, quai et voies de départ et de réception des trains de la ligne du Teil et de Bessèges, limités depuis 1969 à Bessèges, et supprimés depuis 2012. Le tiers-monde ferroviaire. © RDS

 Autre signal positif : la création au début de l’année prochaine d’une voie de service en gare d’Alès, côté Nîmes, pour recevoir des coupons de rails issus du renouvellement des voies de l’axe Montpellier-Nîmes, stockés depuis à Sète. SNCF Réseau prévoit d’en réutiliser 39 km (sur un linéaire total de 64 km) pour rééquiper la ligne Alès-Bessèges après validation par ultra-sons. « Cette opération permettra notamment de réduire le coût de la réouverture qui était estimé entre 80 (2,5M€/km) et 104 millions d'euros (3,25M€/km) pour une mise en service en 2026 », indique Actuteroccitanie.

 SNCF Réseau envisage par ailleurs d'installer sa base travaux pour la réhabilitation de la ligne à La Grand-Combe, à 13km d'Alès en direction de Clermont-Ferrand, sur le parc d'activités Humphry-Davy, sur la rive gauche du Gardon le long de la voie ferrée. Ce choix permettra au gestionnaire d'infrastructure de faire d'une pierre deux coups en réunissant sur cette base travaux les matériels et matériaux nécessaire à Alès-Bessèges mais aussi à des travaux de réhabilitation de la ligne des Cévennes.

L’objectif de desserte voyageurs est de 5 allers-retours Alès-Bessèges (32 km) complétés par 2 allers-retours Alès-Saint-Ambroix (20 km). Il n'est pas précisé à ce jour si ces trains seront origine-destination Nîmes, par allongement du parcours des trains terminus Alès en provenance du sud. Notons que des transversales jusqu'au Grau-du-Roi pourraient être imaginées depuis Bessèges. D'ores et déjà, quelques missions AGC en unités multiples Alès-Nîmes sont coupées à Nîmes, une des deux rames poursuivant - après un long arrêt - jusqu'au Grau-du-Roi, l'autre remontant sur Alès.

Alès-Bessèges, premier (et dernier) maillon du réseau ferroviaire du nord-ouest du Gard et du sud de l’Ardèche

 La ligne Alès-Bessèges fut le premier (et désormais dernier) maillon du réseau qui irriguait le nord-ouest du Gard et le sud de l’Ardèche, reliant Alès au Teil, sur la ligne de la rive droite du Rhône. Mise en service en 1857 par la Compagnie de Bessèges à Alès, avec exploitation confiée d’entrée au PLM, elle répondait aux besoins de la compagnie exploitant les mines du bassin de la Cèze, en concurrence ouverte avec celle qui exploitait les mines du bassin de la Grand-Combe, qui avait déjà accès au chemin de fer.

 En 1863, neuf ans après la mise en service de la ligne Alès-Bessèges, fut inaugurée la ligne du sud de l’Ardèche entre Le Teil et Robiac (70,65 km), cette dernière gare étant située à proximité immédiate (2,45 km) de Bessèges. Sur cette nouvelle ligne à voie unique, fut amorcée en 1879 depuis Vogüé, à 27,3 km du Teil, une antenne jusqu’à Aubenas, prolongée en 1882 jusqu’à Lalevade d’Ardèche via Vals-les-Bains.

alès-Le TeilExtrait de la carte de l'extension maximale des réseaux ferroviaires français, au début des années 1930. Le sud de l'Ardèche était irrigué par l'axe Alès-Le Teil, ses embranchements charbonniers (Auzonnet, Cèze) et son antenne vers Aubenas et Lalevade. Cette dernière devait être prolongée jusqu'au Puy : la plateforme et les ouvrages d'arts avaient été construits ; la voie n'a jamais été posée.

L’ensemble formait un réseau relativement dense qui fut  brutalement fermé au service voyageurs en mars 1969. Il desservait pourtant une sous-préfecture, Aubenas, dont l’intercommunalité compte aujourd’hui 40.000 habitants. Il irriguait la désormais très touristique vallée de l’Ardèche et passait non loin de Vallon Pont d’Arc (gare de Ruoms-Vallon, amorce d’une ligne de tramways fermée dès 1930). Il aurait permis une relation ferroviaire directe Alès-Valence via Le Teil et Livron, considérablement plus courte que par Nîmes.

 Notons enfin qu’à Saint-Julien-les-Fumades, cité thermale siuée à 14,5 km d’Alès et desservie par la ligne Alès-Bessèges, croisait la ligne charbonnière Le Martinet-Beaucaire (88,2 km), mise en service de 1880 à 1883, fermée aux voyageurs dès 1938 par la SNCF naissante.

La ligne Alès-Bessèges dessert un bassin qui tente de sortir du marasme industriel avec Salindres

 Les vingt-trois communes de la communauté de commune Cèze-Cévennes affichent un total d’un peu plus de 19.000 habitants. Bessèges compte 2.800 habitants (mais en compta jusqu’à 13.000 en 1880), Saint-Ambroix, siège de l’intercommunalité, environ 3.100 habitants. Barjac (1.600 habitants), Gagnières (1.100 habitants) et Molières (1.290 habitants) sont les trois autres principales communes du bassin démographique. De ces trois dernières, seule Molières est desservie par la ligne Alès-Bessèges. La gare de Gagnières, située au-delà de Robiac en direction du Teil, ne peut espérer voir revenir le train.

 L’intercommunalité voisine d’Alès, sous-préfecture du Gard, compte 129.000 habitants. La commune de Salindres compte 3.500 habitants. L’aire urbaine proprement dite d’Alès est évaluée à 115.500 habitants. Une partie (Salindres) est potentiellement irriguée par la ligne Alès-Bessèges,  une autre par la ligne Nîmes-Clermont-Ferrand.

BessègesBâtiment voyageurs de Bessèges, repeint mais muré, et privé de trains depuis 2012. La cité de Bessèges jadis minière (charbon) et industrielle (aciéries, forges, production de rails et d'aiguillages, puis de tubes soudés...) a vu sa population divisée par 4,5 en 140 ans. (Doc. Wikipedia)

 Si les mines ont toutes été fermées, ainsi que les industries de Bessèges qui en étaient issues, l'activité industrielle subsiste et se développe dans le bassin de Salindres avec Axens (catalyseurs et adsorbants) et Rhodia Opérations-Solvay (polyamides). Les sociétés Iris (conditionnement d’engrais, SBM Co.), Bio 3G (produits bio pour l’agronomie), et les céramiques industrielles CTI (membranes de filtration et de matériaux pour la catalyse) s’y sont installées ces dernières années mais ne sont pas embranchées.

Une desserte routière squelettique en 55 minutes de bout en bout contre 41 mn en 1992 par train sur une voie pourtant dégradée

 A ce jour, la ligne Alès-Bessèges transférée sur route est exploitée par le service routier NtecC (Keolis) du bassin d’Alès avec la ligne 230 en 55 minutes à raison de trois allers-retours de bout en bout, plus une multitude de services partiels et d’exceptions de circulation, rendant illisible la fiche horaire.

SalindresVue de la gare de Salindres en 1900. La passerelle métallique franchissant les voies indique l'importance du trafic à l'époque. Aujourd'hui, un seul des sites industriels reste embranché, celui du chimiste Axens, pour un trafic très occasionnel. (Carte postale)

A l’horaire SNCF 1992, la relation Alès-Bessèges par train omnibus (8 arrêts desservis, extrémités comprises) était assurée en 41 minutes malgré la dégradation déjà avancée de la voie. Si cette dernière est rééquipée au moins pour partie de rails lourds issus de la ligne du littoral, soit des barres de 60 kilogrammes/mètre, on peut espérer un gain de temps – et de confort – notable.

Posté par : montpellier56 à 06:21 -  - Commentaires [0] - Permalien [#]
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